La Montagnette

La falaise de la Montagnette domine le village. Des escarpements de roche jaune pâle, se fragilisant parfois en feuilletage plus sombre, plissures d’origami, troués de cavités de carrière parfois investies de maisons troglodytes, des pans muselés par des treillis de fer, ou mitraillés de trous d’insectes, le tout surmonté d’une dense chevelure de pins et d’arbustes au travers desquels grimpe le sentier abrupt. Sur le plateau, mordu par les ravages d’un incendie récent, les formes trapues, tordues des oliviers d’un gris bleuté, alignés jusqu’aux bornes de pierres levées, vigilantes.Lire la suite →

Le parfum du riz

Marcher, trouver son souffle, faire confiance au corps qui répond, oublier quelques heures le temps qui passe, qui vieillit, qui pèse.
Jouir de la fraicheur de la brise des crêtes sur le front, le cou, en sueur.
Dans un large creux de plaine, des rizières fraîchement repiquées se découpent, à la patiente espérance, du vert cru de la première pousse. S’étageant en mosaïques sur les flancs des collines, les carrés de terre grasse, en blocs taillés à l’angady, en attente de l’eau, encore en attente du patient travail des femmes aux dos courbés. Des villages éparpillés miroitent de leurs toits de tôle chapeautant leurs murs d’argile rouge. Plus haut encore, le persistant velours moiré de la savane sèche couvrant les sommets, ponctuée de rares touffes vertes.Lire la suite →

Misophonie

Broyage croustillant de chips mâchées sur un siège arrière, dans un TGV.
Penser à autre chose, regarder le paysage.
Ne pas visualiser les lèvres luisantes, les doigts graisseux, brillants de sel.
Bloquer la salivation.
Ne pas se retourner.
Le mangeur (mangeuse) sonore de chips ne se nourrit pas, il (elle) revendique une légèreté, une insouciance. Proclame son hédonisme de jouisseur buccal.Lire la suite →

Le pousse pousse, ou Xiangzi le chameau, de Lao She

C’est un roman d’une poignante réalité, surtout lu depuis Madagascar où les pauvres destins sont ordinaires. Une sorte de sombre David Copperfield chinois dont le lecteur émerge avec difficulté, touché au cœur dans sa perception empathique du monde. Car au-delà de l’histoire fictionnelle du héros, tireur de pousse-pousse, le chef d’œuvre de Lao She est aussi le récit d’un parcours initiatique, avec ses fulgurances magnifiques de la jeunesse, ses fraternités et ses tromperies, ses moments de partages généreux et ses solitudes, qui, par une lente perte de foi, glisse vers une inéluctable issue. C’est l’histoire de Rakoto, quat’mi de Tananarive, ou de Michel, clochard de Paris, des vies pour rien, des existences injustes et tragiques, d’autrefois et d’aujourd’hui, si près de nous.Lire la suite →