– Parce que tu veux partir là-bas tout seul ? Mais tu es fou ou quoi ?
David était furieux. Il arpentait la chambre, passant et repassant devant Franck qui, assis sur le lit, regardait ses mains.
Dehors, Montréal s’étouffait sous une lente tombée de neige. Il n’était que deux heures de l’après-midi, mais déjà, le crépuscule de janvier et la poudrerie obscurcissaient le ciel.
– Il n’y a pas d’autre solution, finit par dire Franck, en relevant la tête. Je n’abandonnerai jamais ma chienne. Je m’en suis fait la promesse quand elle n’était encore qu’une boule de poils. J’avais six ans, mais je n’ai pas changé d’avis.
– Franck, tu ne sais même pas si elle vit encore ! Et toi, tu vas risquer ta peau ?
Franck haussa les épaules. Il connaissait par cœur les dangers du Bois, ces milliers de kilomètres carrés d’arbres, de lacs, de rivières, avec pour seuls habitants des ours, des loups, des lynx, des orignaux… Depuis toujours, il passait ses vacances dans le chalet en bois rond de son grand-père, au bord du lac Pitchou. Le « lac du Lynx », comme on l’appelait aussi. Au milieu de nulle part, à cinquante kilomètres du premier village. Il n’y avait ni électricité ni téléphone. Pas de route non plus, ni d’autres sentiers que ceux tracés à main d’homme au cours des années. Seulement le train… quand il n’avait pas déraillé.
C’était du lac Pitchou que Talik s’était enfuie, à la fin des vacances de Noël.
Je bouquine, mars 1999, n°181