Itinéraires malgaches Saison 2 – 1

Quitter la Réunion, sa moiteur et ses plages, île minuscule drapée dans ses voies rapides et son drapeau français, traverser un dernier espace de mer étale sur laquelle le Catherine Delmas allégé tangue et saute, et toucher le port à Tamatave, c'est remonter le temps.
Dans la rade, traînent quelques bateaux rouillés, des pirogues d'où des pêcheurs lancent leurs filets. Le pilote nous a fait longtemps attendre, un vieux et petit Malgache renfrogné, tirant sur sa cigarette avec délectation. Dans un anglais zézayant, sans cesser d’ajuster ces lunettes, il nous guide vers la terre, un paysage de plaines littorales butant sur des plateaux plus lointains, perdus dans une brume de chaleur. Sur les quais, les dockers arrivent par petits groupes, à pied, à vélo ou débarquant de vieilles camionnettes, pareils à des badauds venus là au...Lire la suite →

Itinéraires malgaches 13

13 – 5 :45 am
L’île Sainte-Anne, à l’est, est la première à s’éclairer de soleil. Le ventre des nuages au-dessus de la crête est d’un bleu violet, puis monte en rose, jaune, avant le bleu du ciel lui-même, en exacte réplique de celui de la mer. Plus loin, cela se dilue en clarté, par larges plaques, selon les courants. Au nord, se distingue une autre petite île, puis une plus grande. Le regard s’aiguise et c’est tout une guirlande qui se dessine maintenant en arc de cercle et que je m’amuse à dénommer : Silhouette, Île du nord, Aride, Curieuse, Praslin, Cousin, Félicité, La Digue, Frégate… Au-delà, il y a encore Poivre, Boudeuse, Desroches… Et puis, les atolls de Farquhar, le groupe Aldabra, les Comores... Madagascar …Lire la suite →

Itinéraires malgaches 12

12- Seychelles.
Il y a dans toute mémoire, à jamais inscrites dans ses replis, des images porteuses d’un bonheur insensé. Pour moi, une silhouette de jeune aulne courbé sous le poids de la neige, se découpant sur l’indigo du ciel ; un Baou escarpé au-dessus d’un cimetière de Haute Provence ; le visage d’un homme aimé, encadré par les pointes relevées de son col de vareuse ; un certain nouveau-né dans les bras de sa mère ; l’espace ouvert d’un lac gelé, encadré de forêt sombre, dans la clarté lunaire d’une nuit glaciale de février ; l’aiguillon du dôme de l’Institut de France dans la lumière dorée d’un automne parisien… Ce sont mes clochers de Martinville. Le Morne de Mahé, ceint de forêt tropicale, en est un.Lire la suite →

Itinéraires malgaches 11

11 - 8 février :
Nous avons quitté la Mer Rouge, pour rejoindre le Golfe d’Aden. Mer d’un bleu clair et vif que je ne lui avais encore jamais vu.
Au Cap de Raas Caseyr (Guardafui), à la pointe de la Somalie, nous avons espéré des baleines, en vain. La nuit est tombée très vite, avec un soleil d’Afrique écarlate et charnu s’enfonçant à vue d’œil derrière l’horizon, sans même tacher la mer de sang. Un instant, un autre bateau était là, sur la courbe entre mer et ciel, avant de disparaître dans l’obscurité. Au travers de tout cela, un oiseau est passé.
Il n’y a rien à dire. Comme la certitude du dérisoire vient facilement au cœur, parfois…Lire la suite →

Itinéraires malgaches 10

10 - Aden
Nuit opaque des Tropiques. Ce soir, au coucher du soleil, l’horizon est resté longtemps visible, une mer très noire en dessous, le ciel clair encore où scintillaient deux planètes plein ouest, l’une au-dessus de l’autre. Lentement, le sombre de la mer est montée, pour tout aspirer.
Nuit opaque de la cabine de pilotage. Rideaux tirés, lueurs vertes des écrans, silence et silhouettes furtives. Dehors, le ciel est frémissant d’étoiles ; ça et là des lumières blanches, rouges et vertes, trahissent le voisinage d’autres bateaux, invisibles de jour. Tous avancent d’un même élan vers le cap, qu’un phare clignotant avec fatigue, révèle. Derrière : Aden.Lire la suite →

Itinéraires malgaches 9

9 - Mer Rouge
Le ventre du bateau est bien plus que la face immergée de l’iceberg. C’est un dédale opaque, d’escaliers de fer, de trappes, de colonnes massives - conteneurs ajustés coins à coins : dix mètres en plongée, pour vingt-quatre en surface -, de passages étroits, entre tôle et tôle, de compartiments, de cloisonnement, de lézardes silencieuses, de pourrissement latent, de déséquilibres accidentels… En bas, les moteurs ne sont qu’un pouls sourd, à peine perceptible. Sans la brèche imposée par la lampe, la noirceur est celle d’une mine.Lire la suite →

Itinéraires malgaches 8

8 - Le pilote vient d’arriver. Déjà, nos machines tournent. Nos voisins remontent leurs ancres dans un fracas sourd. Un choc mou : c’est la barge d’escorte qui vient nous tamponner de sa bande garnie de pneus. Et nous pousse dans le droit chemin. Aucun homme n’y est visible.
Il n’y a pas d’étoiles. Les hauts réverbères répandent sur l’eau leurs lueurs orangés.Lire la suite →

Itinéraires malgaches 7

7 - En début d’après-midi, la journée de mardi, nous arrivons devant Port-Saïd. Après ces journées de pleine mer, dans cette gigantesque mare de la Méditerranée, ces découpes de maisons, dans la brume blanche flottant sur l’horizon, étonnent. Nous rejoignons d’autres navires : un vieux paquebot coréen, mangé de rouille, un sous-marin anglais, d’autres porte-conteneurs… La radio éructe des conversations hachées, babelesques. Des bateaux de pêche, pareils à des jouets, se dandinent ça et là. Wait and wait…Lire la suite →

Itinéraires malgaches 6

6 - Toujours la pleine mer. Ciel dégagé. Il fait doux. De toute la journée d’hier, nous n’avons aperçu aucune terre ; tout juste, rarement et à l’extrême horizon, la découpe d’un bateau.
Je monte au poste de pilotage à la nuit tombée. Au loin, des lueurs bleues, puis jaunes, descendent sur la mer. Une étoile isolée, perdue dans un ciel trop grand.
Atmosphère confinée de la cabine, avec tout autour, derrière les parois de verre, le vent, la mer et le ciel. Pas feutrés. Paroles douces. La lampe du bureau éclaire la carte déroulée. Notre chemin s’y dessine, plus assurément que dans l’espace.Lire la suite →

Itinéraires malgaches 5

5 - Les tourbillons de Charybde et Scylla ont depuis le tremblement de terre de 1783 perdu leur hargne. Et si les connaissances des fonds, aujourd’hui parcourus et sondés, les instruments de précision, ont remplacé l’habitude et le coup d’œil du skipper, les détroits et les caps n’en gardent pas moins leurs génies. Il ne s’agit pas seulement de manœuvres, mais de passage. Aventureux, incertain. La nuit vient y ajouter son halo de mystère.Lire la suite →