Paysage d’hiver, neige qui s’attarde dans les sillons. Ciel plombé, dont toute luminosité s’est éteinte. Façades de maisons grises, les toits s’égouttent.
Les champs pourtant, peignés de blanc, parlent de vies endormies, de labours suspendus, plus loquaces des travaux des hommes que lorsqu’ils germent et fleurissent.
Les arbres griffent leurs ramures contre le ciel, non plus délicates arabesques mais pesanteur d’oubli, mortes envolées de feuillages, à côté des sapins noirs, austères et denses.
Les fêtes sont épuisées, les guirlandes encore accrochées à leurs mémoires de lumière, les bacs débordent de verre brisé.
Et l’on avance, têtu, sans trop croire à ce demain qu’on nous promet, à ce désastre qu’on nous annonce. Il sera temps d’y rêver ou d’en médire quand ce sera là.
Le vert des prés s’étend, gagnant sur le blanc des jours d’autrefois. L’on y pense, encore, comme aux promenades rurales, avec la résignation paisible de bêtes d’élevage. D’autres viendront, d’autres sauront, il y aura des feux de camps et des chansons d’amour, il y aura des nids d’oiseaux et des pépiements de mésanges.
L’hiver est là mais s’estompe dans une pluie maussade qui se suspend à l’est, comme une prochaine aurore.
Une roulotte repose contre une haie haute, échouée, alors que la vie passe et s’enfuit.
Sur un grand canal, brillant comme un papier d’argent retourné, une barque plate dérive, habitée par un pêcheur pensif.