Itinéraires malgaches Saison 3 – Le Nord 1

J., mon ami l’Écrivain, me l’avait promis, avec son grand rire franc :
« Et puis, nous passerons dans mon village. »
Ankazomborona. Là où est l’arbre des oiseaux.
Je l’avais rêvé avec les mots de ses nouvelles : mangroves et falaises habitées de génies, pirogues emportant chaque matin les pêcheurs vers le large... Un monde à part, caché, unique, entre Tananarive la Rouge et Diego la Blanche.
Des jours, des nuits de poussière, de cahots, de bains volés au hasard des rivières, de repas vite avalés sur un coin de table graisseuse... Mais aussi des maisons amies, des hôtels rudimentaires, des brochettes brûlantes sur une place de marché, des beignets de bananes à l’aube, des rires et des chants pour faire oublier aux enfants la longueur de la route.Lire la suite →

La ferme africaine

Out of Africa est un film magnifique. Qui a permis à des millions de spectateurs de connaître le nom de Karen Blixen. Le plus souvent, ils se sont arrêtés là. Et pourtant...
La maison de Karen Blixen au Kenya est d’évidence. Son ombre est là, quelque part, dans l’une de ses pièces aux parquets de cèdre, dans sa chambre au lit dressé d’une moustiquaire, dans la salle à manger avec ses bow-window donnant sur le parc. Si l’expansion de Nairobi, démesurée et chaotique, s’étend maintenant jusqu’à « La Ferme », il règne néanmoins sur le parc, très bien entretenu, une tranquillité où les rêves peuvent remonter à la lumière du ciel d’Afrique.Lire la suite →

Les pages d’un livre

Plaisir désuet de trancher les pages d’un livre, bruit soyeux de la lame qui s’ouvre un chemin dans une forêt inexplorée...
Et que de sentiers à parcourir dans ces Entretiens, de Julien Gracq (José Corti, 2002) !
Il y est beaucoup question de musique, de théâtre. De Jules Verne, bien sûr, de Breton et du surréalisme, de géographie et de paysages en mutation, de la pratique de l’écriture et de l’écrivain qui garde ses mystères.Lire la suite →

Itinéraires malgaches Saison 2 – 10

Les Lavandières
Le parfum de savon noir et de draps qui sèchent au soleil annonce le lavoir bien avant le détour du grand escalier. Et aussi le bruit des brosses qui frottent le linge.
Les gens l’appellent l’escalier de Rasalama. Il est vaste, large trottoir de dalles cimentées qui serpente de droite et de gauche comme une route de montagne, bordé de rambardes de fer, accroché aux lèvres d’Ambatovinaky, la brèche de la Roche Cassée. Il laisse ensuite sa force s’égrener en de multiples venelles, bordées de bananiers. Mais un instant, il demeure suspendu au-dessus de la plaine, fugitif dans l’animation de la ville comme un rayon vert au bord de l’horizon, c’est là que se situe le lavoir.Lire la suite →

Antsirabe, retour de marché

La nuque est maigre, le cheveu rare et grisonnant. Un vieux pull à mailles lâches s’accroche aux épaules osseuses. Il va d’une foulée régulière, les mains crispées sur les brancards. La route accuse une légère pente, la surface en est presque lisse.
J’évite les regards des passants, les yeux fixés sur le haut de son crâne. Le panier exhale son parfum douceâtre, salade fraîche rincée dans l’eau claire d’un seau, fanes brunissantes de carottes, tiges crues des ciboules, avec, sous-jacent, des traces olfactives de boue, de viande crue, de fruits blets.Lire la suite →

Itinéraires malgaches Saison 2 – 9

Les Coqs
Les plus beaux matins du monde…
Il fait encore nuit. Dans la case, ils dorment, enveloppés jusqu’au-dessus de la tête dans leur couverture grise. Chapelet de momies silencieuses, tournées la tête vers l’est, vers le monde des Ancêtres, où le soleil se lèvera, tout à l’heure. Le premier coq de l’aube a chanté ; il doit être trois heures du matin.Lire la suite →

Mes lectures 2026, Premier semestre

Moisson du semestre, au gré des humeurs, des médiathèques, des amis, de fil en aiguille...
J’achète (encore) des livres pour soutenir les (vrais) libraires, j’en emprunte (beaucoup – sans oublier de les rendre), en prête, en donne, en télécharge (en dernier recours), en relis (un peu, parfois en continu), avec la passion de celui qui monte l’escalier. J’ai moins d’engouement romanesque, plus d’attentes stylistiques, et souvent l’envie, lorsqu’un auteur me parle, de le mieux connaître. Comment vivre, sans livre ?Lire la suite →

Jeunesses

Le Campus de Saint Martin d’Hères explose de vert et de jeunes corps dénudés. Les vélos se croisent, les tramways tintinnabulent, les terrasses sont combles, les mâles rouges-gorges défendent leur territoire à plein chant. Au loin, les montagnes, avec les dernières touches blanches de neige, un ciel bleu aux nuages très hauts... Qu’importe l’atmosphère dégradée annoncée par la météo, « y a de la joie », l’esprit s’élève, les poumons se remplissent, la vie est sucrée .Lire la suite →

Une jeunesse à l’ombre de la lumière

Une jeunesse à l’ombre de la lumière, Jean-Marie Rouart
Certains livres prennent ombrage de leur auteur. C’est un peu le cas d’Une jeunesse à l’ombre de la lumière, essai sautillant, érudit, et disert de cette figure du Grand spectacle qu’est devenu le monde littéraire français moderne.
Jean-Marie Rouart est né d’une famille de peintres et de collectionneurs d’art. Le poids de l’héritage est pesant (pas seulement en numéraire), il est difficile de trouver sa place lorsqu’on a fréquenté des proches de Degas, la famille Morizot / Manet, Valéry et Mallarmé. Les maisons sont des musées, les conversations, parfois houleuses, se réfèrent sans cesse aux grandes œuvres, même si, comme le père de Jean-Marie, l’on fait partie des artistes peu connus et sans grade, inadaptés à vivre hors de la création.Lire la suite →

Itinéraires malgaches Saison 2 – 8

La quête de l’eau
Depuis 24 heures, l’eau est coupée sur la Colline de la Reine. Les rigoles d'évacuation ne chantonnent plus, exhalant une odeur lourde de détritus. Dans chaque maison bourgeoise, réapparaissent les seaux en plastique, lot d'ordinaire des bas quartiers. Un tuyau aurait crevé et les réparations seraient bientôt achevées. Mais ce matin, les robinets et les tuyaux restent désespérément silencieux.
Il est cinq heures et demi et les rues sont déjà animées, plus que de coutume. Je croise des petites bonnes - pieds nus ou en tongs, taille courte, cheveux crépus rassemblés dans un foulard ou attachés en petite queue touffue dans la nuque, peau sombre s'étirant sur les pommettes – qui reviennent vers la maison de leurs ‘maitres’, le seau plein au bout du bras, éclaboussant leurs mollets ronds, ou perché sur la tête,...Lire la suite →