💙 Marie Gazeau, Une vie près de la terre (First éditions, 2022)
💙 Sylvie Germain, Brèves de solitude (Albin Michel, 2021)
💙 Florence Seyvos, Un perdant magnifique (Éditions de l’Olivier, 2025)
♥️Leonardo Padura, Hérétiques (Points, traduit de l’espagnol – Cuba – par Elena Zayas, 2016)
💙 *Miguel Bonnefoy, Le Rêve du jaguar (v. audio narrée par M. Bonnefoy, Zelda Perez et Bertrand Pazos, 2024)
A y voir de plus près...
Marie Gazeau, Une vie près de la terre (First éditions, 2022)
Récit
Ingénieure en agriculture spécialisée et journaliste scientifique agricole, Marie Gazeau, par amour (de la terre et d’un éleveur des Deux-Sèvres) s’établit, en 2018, arboricultrice sur un terrain de 2 ha.
Quatre ans plus tard, elle vient partager son quotidien, ses réflexions sur l’évolution de l’agriculture (la « Paysanne » et l’Autre), ses interrogations et ses doutes, les joies de sa nouvelle vie, ses espérances d’un marché alimentaire goûteux, responsable, et durable. Foin des grands discours politisés, elle nous aide à mieux comprendre les modes de fonctionnement d’un monde agricole aujourd’hui dans le brouillard.
💙 Sylvie Germain, Brèves de solitude (Albin Michel, 2021)
Roman
Lorsqu’il faut réfléchir pour se remémorer un livre lu dans l’année, c’est sans doute que l’adhésion n’a pas été complète. Pourtant, un mot : Covid, et la mémoire revient. Et avec elle, une impression plaisante, tout d’abord de la qualité de l’écriture de Sylvie Germain, tant appréciée dans Jours de colère. Les personnages sont intéressants, divers et rendus dans leur complexité, l’idée est porteuse : des êtres se croisent régulièrement dans un square, chacun dans sa vie, sans se voir vraiment. Brutalement, les voilà doublement enfermés dans leur bulle par l’obligation du confinement, emprisonnés dans leur solitude, juxtaposés dans la contemplation d’une pleine lune extraordinaire.
Mais peut-être à l’image de cette astreinte à domicile, le souffle, l’envolée, la profondeur du vivant, n’y est pas vraiment. Exercice de style, qui laisse peu de traces.
* Selon un sondage paru en mai 2020, un Français sur dix aurait, durant le confinement, commencé à écrire un livre. Dont un certain nombre de « Mémoires de confinement ». Mais il n’est pas sûr qu’un tel huis-clos imposé soit l’environnement mental idéal pour l’émergence d’une libre création.
💙 Florence Seyvos, Un perdant magnifique (Éditions de l’Olivier, 2025)
Roman
Ils sont nombreux, dans les pays « du Sud », ces perdants magnifiques, toujours dans l’envolée d’une nouvelle affaire mirifique, des Icare éternellement adolescents. Entre la Côte d’Ivoire et Le Havre, Jacques est de ceux-là, séduisant par son impétuosité et ses plans baroques, attachant pour ses affections débordantes, toxique pour ses déconvenues, ses projets voués d’avance à l’échec, son autoritarisme.
Vu par l’une de ses deux jeunes belles-filles, embarquées malgré elles dans la passion maternelle, Jacques pourrait être émouvant. Il n’est qu’un pauvre type, que l’écriture, très retenue, ne parvient pas vraiment à rendre magnifique. N’étant pas dupes du personnage, nous sommes dans le registre du désastre, de l’analyse, du constat de la faillite. Et peut-être est-ce finalement la mère qui paraît la plus juste, dépassée par le naufrage de son couple, spectatrice d’une histoire qui aurait dû être réussie.
* Coscénariste, auteur de littérature jeunesse, Florence Seyvos est récompensée pour ce 7e roman par le Prix du Livre Inter.
♥️ Leonardo Padura, Hérétiques (Points, traduit de l’espagnol – Cuba – par Elena Zayas, 2016)
Roman
8e livre de la série portée par le désabusé détective Mario Condé, le roman nous entraîne bien au-delà d’une enquête policière. En juxtaposition avec la réalité quotidienne de cette bande de copains cubains demeurés à la Havane, c’est toute l’atmosphère de l’Amsterdam du XVIIe siècle qui se déploie, l’histoire de ces Juifs ayant cru trouver la paix en Hollande mais cernés par le dogmatisme de leurs pairs. Dans l’un et l’autre décors, des visages justes, des chemins de vie difficiles, des amitiés véritables, des découragements qui ne sont pas désespoir.
L’auteur du remarquable L’homme qui aimait les chiens poursuit ses quêtes méticuleuses, à l’instar de son attachant héros, d’une droiture que les abus d’alcool ne font pas dévier, fidèle à ses amis, à sa ville, limier faussement nonchalant qui ira jusqu’au bout de la piste.
L’écriture est juste, efficace, et absorbe totalement le lecteur dans un vrai voyage culturel et historique.
*Le 9e titre de cette série, La Transparence du temps, lu en 2026, reprend, avec moins de réussite, les mêmes principes : enquête menée par un Condé prenant de l’âge, dans un Cuba qui s’enfonce dans le marasme économique et social, autour d’un objet d’art qui les relie à l’Europe et à la grande Histoire.
💙 *Miguel Bonnefoy, Le Rêve du jaguar (v. audio narrée par M. Bonnefoy, Zelda Perez et Bertrand Pazos, 2024)
Roman
Grand prix du roman de l’Académie française 2024
Prix Femina
Franco-vénézuélien, Miguel Bonnefoy explore ici son histoire familiale maternelle vénézuélienne, après Héritage, qui s’inspirait de son ascendance paternelle chilienne.
La saga, au faux air de Cent ans de solitude, débute avec le destin hors du commun d’Antonio, abandonné nouveau-né sur une marche d’église de Maracaibo, où il y deviendra un éminent chirurgien, celui de son épouse, Anna Maria, première femme médecin du Venezuela, pour suivre le retour au pays de leur petit-fils Christobal, en quête d’inspiration.
L’auteur aime à dire qu’il recherche un style épuré, réduit à l’essentiel. Est-ce pour cela que ces figures rocambolesques manquent de chair, que le réalisme exotique de cette région bouleversée par l’irruption de la manne pétrolière reste un décor ? Cela s’écoute (au propre et au figuré) avec plaisir, mais (défaut d’époque ?), malgré des situations poignantes, cela ne prend pas aux tripes.