La falaise de la Montagnette domine le village. Des escarpements de roche jaune pâle, se fragilisant parfois en feuilletage plus sombre, plissures d’origami, troués de cavités de carrière parfois investies de maisons troglodytes, des pans muselés par des treillis de fer, ou mitraillés de trous d’insectes, le tout surmonté d’une dense chevelure de pins et d’arbustes au travers desquels grimpe le sentier abrupt. Sur le plateau, mordu par les ravages d’un incendie récent, les formes trapues, tordues des oliviers d’un gris bleuté, alignés jusqu’aux bornes de pierres levées, vigilantes.

Comme les maisons qui s’enfoncent dans la roche, opportunistes d’un passé qui bâtissait pour durer, mon enfance rêvée, née des livres et des émotions de vacances, reprend vie et s’épanouit dans la douceur printanière, où éclatent en floraison les cerisiers blancs, les poiriers en espaliers, les pruniers précoces.

Passé et présent se mêlent, jours vécus et songes émanant des pages blanches d’un livre, rencontres inédites dans l’espace disponible d’un vagabondage, et m’enveloppent d’une douceur d’évidence, comme un fauteuil moelleux, l’hiver, au bord d’un feu de cheminée.