Broyage croustillant de chips mâchées sur un siège arrière, dans un TGV.
Penser à autre chose, regarder le paysage.
Ne pas visualiser les lèvres luisantes, les doigts graisseux, brillants de sel.
Bloquer la salivation.
Ne pas se retourner.
Résister à la tentation de mesurer le temps entre ce qui se devine – la mastication silencieuse, bouche fermée, la déglutition – et de nouveau, le crissement, lèvres entrouvertes. Préhension appliquée des incisives, mixture repoussée par la langue vers les mâchoires, fermeture des lèvres…
S’il s’agit d’un petit paquet, cela ne devrait pas prendre plus de trois minutes. Combien de bouchées représente un sachet de 30 gr ?
Le mangeur(mangeuse) est trop loin pour que s’entende le froissement du paquet, la main s’introduisant dans le sac, le frôlement de la chips attrapée lors de l’enfournement en bouche…
Le mangeur (mangeuse) sonore de chips ne se nourrit pas, il (elle) revendique une légèreté, une insouciance. Proclame son hédonisme de jouisseur buccal. Clame son positionnement immédiat dans un espace-temps de récréation. Théâtralise son plaisir supposé, comme au cinéma avec son gobelet de pop-corn.
Cela va s’arrêter.
Penser au léger écœurement qu’il (elle) ressentira, le paquet fini, dont il sera encombré (l’« hôte » de propreté est déjà passé), sa soif…
Se concentrer sur l’heure qui avance, sur l’arrivée prochaine, sur sa lecture.
Cela va aller.