(…) j’ai la santé forte et vigoureuse, rarement troublée par les maladies jusqu’à un âge bien avancé. J’étais tel, car je ne me considère plus à l’heure actuelle où je suis engagé dans les avenues de la vieillesse, ayant depuis longtemps franchi les quarante ans :
           minutatim vires et robur adultum
          Frangit, et in partem pejorem liquitur aetas.1
<peu à peu, les forces et la vigueur sont brisées par l’âge qui glisse vers la décrépitude.>
Ce que je serai dorénavant, ce ne sera plus qu’un demi-être, ce ne sera plus moi. Je m’échappe tous les jours, et je me dérobe à moi.
           Singula de nobis anni praedentur euntes.2
<un à un nos biens sont dérobés par les années qui passent.>

Montaigne, Les Essais, Sur la Présomption

1. Lucrèce, De natura rerum, II, v.1131-1132
 2. Horace, Épitres, II, 2, v.55