Itinéraires malgaches Saison 3 – Le Nord 1

J., mon ami l’Écrivain, me l’avait promis, avec son grand rire franc :
« Et puis, nous passerons dans mon village. »
Ankazomborona. Là où est l’arbre des oiseaux.
Je l’avais rêvé avec les mots de ses nouvelles : mangroves et falaises habitées de génies, pirogues emportant chaque matin les pêcheurs vers le large... Un monde à part, caché, unique, entre Tananarive la Rouge et Diego la Blanche.
Des jours, des nuits de poussière, de cahots, de bains volés au hasard des rivières, de repas vite avalés sur un coin de table graisseuse... Mais aussi des maisons amies, des hôtels rudimentaires, des brochettes brûlantes sur une place de marché, des beignets de bananes à l’aube, des rires et des chants pour faire oublier aux enfants la longueur de la route.Lire la suite →

Itinéraires malgaches Saison 2 – 10

Les Lavandières
Le parfum de savon noir et de draps qui sèchent au soleil annonce le lavoir bien avant le détour du grand escalier. Et aussi le bruit des brosses qui frottent le linge.
Les gens l’appellent l’escalier de Rasalama. Il est vaste, large trottoir de dalles cimentées qui serpente de droite et de gauche comme une route de montagne, bordé de rambardes de fer, accroché aux lèvres d’Ambatovinaky, la brèche de la Roche Cassée. Il laisse ensuite sa force s’égrener en de multiples venelles, bordées de bananiers. Mais un instant, il demeure suspendu au-dessus de la plaine, fugitif dans l’animation de la ville comme un rayon vert au bord de l’horizon, c’est là que se situe le lavoir.Lire la suite →

Itinéraires malgaches Saison 2 – 9

Les Coqs
Les plus beaux matins du monde…
Il fait encore nuit. Dans la case, ils dorment, enveloppés jusqu’au-dessus de la tête dans leur couverture grise. Chapelet de momies silencieuses, tournées la tête vers l’est, vers le monde des Ancêtres, où le soleil se lèvera, tout à l’heure. Le premier coq de l’aube a chanté ; il doit être trois heures du matin.Lire la suite →

Itinéraires malgaches Saison 2 – 8

La quête de l’eau
Depuis 24 heures, l’eau est coupée sur la Colline de la Reine. Les rigoles d'évacuation ne chantonnent plus, exhalant une odeur lourde de détritus. Dans chaque maison bourgeoise, réapparaissent les seaux en plastique, lot d'ordinaire des bas quartiers. Un tuyau aurait crevé et les réparations seraient bientôt achevées. Mais ce matin, les robinets et les tuyaux restent désespérément silencieux.
Il est cinq heures et demi et les rues sont déjà animées, plus que de coutume. Je croise des petites bonnes - pieds nus ou en tongs, taille courte, cheveux crépus rassemblés dans un foulard ou attachés en petite queue touffue dans la nuque, peau sombre s'étirant sur les pommettes – qui reviennent vers la maison de leurs ‘maitres’, le seau plein au bout du bras, éclaboussant leurs mollets ronds, ou perché sur la tête,...Lire la suite →

Itinéraires malgaches Saison 2 – 7

Tsimbazaza
Un jour, le grand roi au nom sans fin, contemplant de la porte de sa case les douze collines qui marquaient le centre de son royaume, buta une nouvelle fois du regard contre une hauteur ronde et couverte de forêt, énorme termitière qui lui cachait le soleil couchant. C’était très loin dans le temps, mais le roi, dans son fief, était puissant. « Que cette montagne soit rasée, dit-il, car mes yeux s’y cassent, et l’horizon n’est plus le mien jusqu’à la mer ». Alors partirent les esclaves andevo et les hova libres assujettis à la corvée royale. Tous, bêche sur l’épaule, le salaka noué autour des reins, et sur leurs têtes aux mille tresses, le panier rond qui transporterait la terre là où le regard du roi ne viendrait pas s’y cogner.Lire la suite →

Itinéraires malgaches Saison 2 – 6

Ainsi la pièce est nue. Les meubles viendront plus tard, demain, la semaine prochaine, un jour d’un temps malgache. Je la garderais ainsi, si je le pouvais, avec sa petite table plantée au milieu des murs de crépi blanc, son espace tambour ou conque, son vide qui n’attend que de chanter. De l’autre côté, les odeurs de terre, les terrasses livrées comme une main plate au soleil d'une fin d'été, le souffle d'air qui meurt dans les rideaux, les cris d'enfants qui jouent dans une cour au loin, les vagues pépiements d’un oiseau. Rien que le plancher brun, sombre de palissandre, la porte ouverte vers la ruelle, les parfums de riz rouge cuit dans sa marmite, les fenêtres qui observent de toutes parts. De l’autre côté, les recoins noirs où la misère se cache, les jungles vertes où le petit palmier hausse la tête au-dessus des herbes, les...Lire la suite →

Itinéraires malgaches Saison 2 – 5

Nous habitons dans une sorte de pension de famille, à Ampandrianomby - Là où paissent les bœufs -, dans un quartier de lisières.
Aujourd’hui, comme les autres jours, la maisonnée s’éveille à six heures. Après l’emballement des cloches des églises voisines, c’est le son claqué des pieds nus des petites bonnes qui dévalent l’escalier de bois. Le jour est clair, encore mouillé de l’orage de la veille ; les collines au loin, entre les frondaisons des arbres, se lissent lentement de vert sombre et de rouge.Lire la suite →

Itinéraires malgaches Saison 2 – 4

Antananarivo, la Ville des Mille, la ville des douze collines.
Sur la carte achetée dès mon arrivée, les lignes droites sont rares, mais le tracé des rues paraît net. Quartiers aux noms imprononçables : Ampandrianomby, Antanananerina, Faravohitra, Ambohimanoro… Quelques repères fiables : la Colline de la Reine, l’Institut Pasteur, l’ancienne gare, le stade de Mahamasina… Et tout au milieu, la forme en disque percé du Lac Anosy.Lire la suite →

Itinéraires malgaches Saison 2 – 3

La route vers Tananarive est luxueuse. Il faut entendre par là, aux dires des habitués, qu’elle est asphaltée, sans trop de nids-de-poule, et suffisamment fréquentée pour espérer de l’aide en cas de panne. Trois cent cinquante kilomètres de tournants, de montées, de contournements de collines, de paysages qui se métamorphosent avec la montée en altitude.
Le camarade qui nous sert de guide bavarde joyeusement avec le chauffeur. Il a oublié ses terreurs de la nuit, aussi rapidement qu’un enfant sort du sommeil.Lire la suite →

Itinéraires malgaches Saison 2 – 2

Dimanche matin
Je vais au travers des rues de la ville chercher des médicaments pour mon ami qui a la fièvre. En pousse-pousse - en courre-tire, faudrait-il dire. Mon « tireur » est jeune, très noir, cheveux bouclés serrés, corps d’athlète. Il me parle tout en marchant, parfois lentement, ou au petit trot, malgré mes protestations de ne pas se presser. Culpabilité qui se raisonne. Ici, les situations ne vont pas de soi. Peut-on ? Doit-on ? Et de quel droit absolu ?Lire la suite →